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Les désaccords


"Il vaut mieux perdre un débat que de perdre un ami."

Il est important d’avoir des relations harmonieuses avec les autres. Par ailleurs, il est malheureusement inévitable d’être de temps à autre en désaccord avec nos semblables. Plusieurs désaccords sont mineurs et sans conséquence ; mais parfois nous sommes confrontés à des mésententes qui ont le potentiel de miner nos relations avec certaines personnes. Ce texte présente des approches pour éviter ou amenuiser ce risque.

"Rien ne crée autant de querelles que les désaccords."
Omramm Mikhaël Aïvanhov

Note : ce texte vise seulement les désaccords non bloquants. En d’autres termes, les 12 approches suivantes s’appliquent surtout aux conflits d’idées dont le sujet n’a pas d’impact dans votre quotidien. Voir ”Limites de ce texte” à la fin de cette page pour de plus amples détails.


  1. Comprendre le contexte de l’autre
    Chaque individu est unique par son passé, sa culture, son occupation, son environnement, etc. Donc, ne vous attendez pas à ce que les gens réfléchissent comme vous et soient sensibles aux mêmes choses que vous. Est-ce que vous connaissez en détail les circonstances qui ont poussé votre interlocuteur à adopter une opinion opposée à la vôtre ? Bien sûr que non ! Si vous aviez un passé différent, vous auriez probablement des opinions différentes. Il est donc tout à fait normal que vos idées ne soient pas partagées de tous. Quand nous intégrons le fait que les autres ont (eux aussi) un passé qui influence leurs opinions ; nous réagissons différemment aux désaccords et nous augmentons significativement notre acceptation des autres. En réalité, les différences d’opinions sont des richesses à découvrir et à explorer.

  2. Apprendre des désaccords
    Sous une forme ou une autre, il y a toujours quelque chose à apprendre d’un désaccord. Le simple fait de focaliser sur cet apprentissage réduit au moins un peu l’impact des désaccords. Nous pouvons favoriser l’assimilation de ces nouvelles connaissances en nous posant les questions suivantes :
    - Est-ce qu’il y aurait une autre façon valable de voir les choses ?
    - Est-ce que mon interlocuteur possède des informations que je n’ai pas ?
    - Est-ce qu’il y a au moins une partie de vérité dans l’opinion de l’autre ?
    Même lorsque vous considérez que l’opinion de votre interlocuteur est complètement erronée, il y a quand même des choses intéressantes à apprendre. Parfois ceci se réduit à comprendre comment votre interlocuteur en est arrivé à cette position apparemment erronée.

  3. Considérer la relation
    Beaucoup de désaccords nous semblent justifiés parce que nous avons des œillères, c’est-à-dire que nous ne voyons qu’une partie de la situation. Si votre interlocuteur est une personne avec qui vous avez une belle relation (un bon ami par exemple), il est important de vous poser la question suivante : ”quel est le poids de ce désaccord par rapport à la valeur de cette relation ?”. En d’autres termes, avant de laisser une mésentente ruiner celle-ci, soyez certain que le désaccord en vaut vraiment la peine. Si votre interlocuteur est une personne à laquelle vous tenez vraiment, il est fort probable que cette relation soit plus importante que le désaccord. Focalisez plutôt sur les qualités de votre interlocuteur et sur les raisons pour lesquelles vous tenez à cette personne. Ce simple exercice réduira (au moins un peu) votre perception de l’ampleur du désaccord. Exception : par ailleurs, tenir à une personne chère ne signifie pas dire oui à tout et subir des choses inacceptables, voir Conflit avec un proche.

  4. Évitez simplement de parler et de débattre du désaccord
    Si la conversation tourne au vinaigre à chaque fois que vous parlez du désaccord, évitez si possible ce sujet de conversation. Évidemment, si votre interlocuteur aborde lui-même le sujet litigieux, vous devez le respecter et écouter ce qu’il dit et répondre à ses questions. Mais dans ce contexte, il est préférable de ne pas volontairement stimuler une conversation qui porte sur le désaccord. Et surtout, il ne faut pas croire qu’il est toujours nécessaire de débattre de la question, voici pourquoi :
    - Premièrement, on est rarement certain à 100% d’avoir raison.
    - Deuxièmement, même si vous êtes certains d’avoir raison, il n’est pas nécessairement bénéfique d’essayer de corriger votre interlocuteur.
    - Troisièmement, souvent notre interlocuteur ne désire pas entendre un point de vue opposé au sien.
    Par ailleurs dans certaines situations, il est désirable d’exprimer son point de vue : voir la section “Exception : confrontation d’idées enrichissantes“ ci-dessous (troisième avant dernier paragraphe).

  5. Imaginer le désaccord un an après celui-ci
    La grande majorité des désaccords ne sont plus un an après, que de vagues souvenirs. Ils n’étaient donc que feux de paille. Sur le coup, ils nous paraissent importants, mais le temps les a effacés. Donc, afin de désamorcer dans mes pensées un désaccord, je me projette dans le temps, c’est-à-dire que je me transporte dans l'avenir et je prends le point de vue imaginaire de la situation un an après. Dans cette perspective, je me pose question suivante : "ce désaccord est-il réel ou est-ce que je me fais une montagne avec un rien ?". Et la plupart du temps, ma réponse est "une montagne avec un rien".

  6. Accepter l’irritation des autres
    Nous vivons tous de temps à autre des situations stressantes ou irritantes. Dans ces conditions, certaines personnes ont tendance à déverser leurs frustrations sur les gens autour d’eux. Si vous êtes en désaccord avec une telle personne irritée autour de vous, il y a de fortes chances que vous soyez la victime de son irritation. La solution, bien que parfois difficile à appliquer, est simple : dédramatisez . Il est malheureusement normal de temps à autre d’être victime d’impolitesse. Ça fait partie de la vie en société. Est-ce que vous vous attendiez vraiment à ne jamais subir la frustration de quelqu’un ? Bien sûr que non. Alors, calmez-vous. Ça vous est déjà arrivé dans le passé et vous avez survécu. Sachez de plus que ça vous arrivera encore dans le futur. Ceci est une certitude.

  7. Ne pas essayer d’avoir raison
    Dans une conversation, le respect de l’autre devrait primer sur l’objectif d’avoir raison. Evidemment, il est parfois utile et nécessaire d’exprimer ses opinions, mais il est également utile de reconnaître les situations où il est impossible de convaincre notre interlocuteur. Insister indûment pour persuader l’autre est un manque de respect. Je ne dis pas ici que vous devez abdiquer et dire à notre interlocuteur qu’il a lui-même raison. Je dis seulement que nous pouvons respectueusement ne pas confirmer ou infirmer ce qu’il dit. En d’autres termes, dans un contexte de désaccord non bloquant (voir la section ”Limites de ce texte” ci-dessous), il est souvent approprié de prendre tout simplement une attitude d’écoute neutre.

  8. Se mettre à la place de son opposant
    Quand on ne comprend pas la situation exacte de notre interlocuteur, il est difficile de déchiffrer pourquoi il est en désaccord avec nous. Il peut donc être utile d’imaginer être à la place de celui-ci. Cet exercice a souvent pour résultat de mettre en lumière la dimension humaine derrière les arguments de notre interlocuteur. Vous auriez peut-être la même réaction que lui, si vous étiez à sa place. En faisant cet exercice, vous pourriez ressentir une certaine sérénité, car cette technique (s’imaginer être à la place de l’autre) nous fait souvent comprendre le raisonnement de notre interlocuteur et ceci a parfois pour résultat le développement d’une certaine compassion pour l’autre. Curieusement, cet exercice est particulièrement utile avec les personnes qui nous sont désagréables. En nous imaginant à leur place, peu à peu leur conduite nous semble moins incompréhensible et nous pouvons même en venir à focaliser surtout sur leurs qualités plutôt que de se concentrer sur le désaccord.

  9. Être objectif
    Tant que vous ne vous déciderez pas à analyser le rationnel de vos positions, vous courez le risque d’affronter les autres sur des sujets qui n’en valent pas la peine. Il est normal d’avoir des opinions et des convictions. Mais, il est désirable de questionner de temps à autre le bien fondé de celles-ci. De toute évidence, nos positions sont influencées par notre situation, notre état d’âme ou parfois même notre état physique. L’attitude à prendre devant ce phénomène est simplement de reconnaître l’effet des circonstances sur ce que nous considérons être la "vérité". Ceci nous permet notamment de respecter davantage l’opinion des autres, qui est (elle aussi) influencée par les circonstances.

  10. Ne pas faire preuve d’orgueil
    Certains croient nécessaire de toujours défendre leurs convictions avec fierté. Et on les voit obstinément batailler contre ceux qui ne sont pas de leur avis. Bien sûr, ce n’est pas une mauvaise chose d’avoir des convictions. Mais est-ce nécessaire de les défendre à tout prix en toutes circonstances ? Non évidemment ! Cette attitude est souvent motivée par l’orgueil et les conséquences sont parfois tristes. Il est parfois désirable de défendre son point de vue, mais ceci doit être fait avec respect et dans un contexte bien particulier : voir la section “Exception : confrontation d’idées enrichissantes“ ci-dessous (troisième avant dernier paragraphe).

  11. Ne pas essayer d’éduquer notre interlocuteur
    Certains croient qu’ils ont le devoir d’éduquer la personne qui est en désaccord avec eux. Cette attitude est souvent irritante. Dans un contexte de désaccord, il est désirable d’être particulièrement attentif à l’état de réceptivité de notre interlocuteur. Parfois, celui-ci n’est tout simplement pas intéressé à entendre notre opinion ; ou ce n’est tout simplement pas le bon moment. Si le désaccord est désagréable pour l’autre, il est généralement préférable de parler moins. En limitant nos paroles, nous pouvons mieux écouter notre interlocuteur ; ce qui contribue grandement à maintenir une relation harmonieuse avec celui-ci. Exception : par ailleurs, il est parfois désirable de défendre son point de vue : voir la section “Exception : confrontation d’idées enrichissantes“ ci-dessous.

  12. Relevez le défi suivant : être heureux malgré les désaccords.
    Qu’on le veuille ou non, il est normal d’être en désaccord sur certains sujets avec les gens qui nous entourent. C’est la vie. Donc l’objectif n’est pas d’éviter tous les désaccords. L’objectif est plutôt d’être heureux malgré les désaccords. Pour ce faire, il est utile de voir les désaccords comme un défi à surmonter. En d’autres termes, il est possible de se comporter de façon à ce que les désaccords ne soient pas un poids, mais plutôt des occasions de mieux se connaître et de mieux connaître et comprendre nos amis et proches. Pour ce faire, n’hésitez pas à questionner ceux-ci sur le rationnel de leur opinion et utilisez votre connaissance du passé de votre proche ou ami pour mieux expliquer son comportement. Finalement, lorsqu’il y a mésentente, il est souvent préférable de s’oublier un peu et de ne pas mettre en avant ses points de vue. Il faut plutôt se montrer compréhensif, indulgent et patient. Cette attitude demande un effort au début, mais elle permet souvent de récolter de grands bénéfices par la suite.

Exception : confrontation d’idées enrichissantes
Si le contexte s’y prête, il est légitime d’exprimer et de soutenir ses opinions. Dans certaines situations, la confrontation est même nécessaire. Les paragraphes précédents ne prétendent pas que l’on doit éviter les désaccords en toutes circonstances. Ils expliquent seulement que certaines mésententes peuvent déclencher des disputes inutiles et qu’il faut donc bien gérer cette possibilité. Mais, il n’est pas question ici d’éviter les échanges enrichissants d’idées opposées. Lorsque la situation et l’ambiance s’y prêtent, il est agréable et fructueux d’échanger sur des points de vue opposés. Tout est dans la façon de le faire. Ceci se traduit principalement par un respect de notre interlocuteur. En fait, lorsque celui-ci se sent respecté, il devient généralement plus enclin à s’ouvrir et ceci rend la conversation encore plus agréable et enrichissante.

"Les causes d’un désaccord sont rarement aussi graves que le malaise qui en découle."

Limites de ce texte
Les 12 approches précédentes s’appliquent aux désaccords qui ne représentent pas de conflit direct parce que l’objet du litige est au niveau des idées et ne vous impose rien directement et n’impose rien à votre interlocuteur. Par exemple, vous pouvez être politiquement de gauche et votre interlocuteur de droite, mais à moins que vous soyez actif en politique, ce désaccord d’idées n’a aucun impact dans votre quotidien. En d’autres termes, les approches précédentes ne s’appliquent pas aux désaccords bloquants, soit les désaccords qui sont en opposition directe avec votre façon de vivre. Pour les désaccords vraiment sérieux et donc bloquants, consultez plutôt :
----Conflit avec un proche
----Provoquez la réconciliation
----Prendre du recul
----Négociez efficacement

Conclusion (sympathie, amitié et amour) :
Tant qu’on se laisse mener principalement par nos intérêts personnels, il est impossible de résoudre complètement les désaccords. Il est donc parfois nécessaire de changer notre perspective, pour ce faire il suffit d’établir un véritable lien positif avec notre interlocuteur. Dès le moment où l’on éprouve un sentiment favorable envers celui-ci, le désaccord peut prendre une couleur différente ; c’est-à-dire que nous pouvons nous positionner au-dessus de celui-ci, bien au-delà du fait d’avoir tort ou raison. Ce contexte sentimentalement différent nous permet alors de résoudre le désaccord ou de vivre avec, sans en être atteint négativement (du moins beaucoup moins). En d’autres termes, si nous éprouvons un sentiment positif (sympathie, amitié ou même l’amour) envers votre interlocuteur, il devient possible de vraiment focaliser sur la personne plutôt que sur le désaccord. Ainsi, la mésentente peut être abordée avec le désir sincère d’aider notre interlocuteur. Dès que nous éprouvons ce sentiment, notre attitude devient beaucoup plus conciliante et les gens autour de nous le perçoivent immédiatement. Finalement, cette attitude crée des conditions très favorables aux relations humaines en général, qu’il y ait désaccord ou pas.

"La paix ne vient pas de l’absence de conflit,
mais plutôt de l’habileté de bien les gérer."


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